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Pour la bonne compréhension de cette anecdote, il faudrait presque faire une étude
complète du sujet. Ce serait un peu trop long et ça me ferait sortir de mon propos
qui concerne, je le rappelle “Les Gaietés de l’Administration”. Je me contenterai de
dire que l’emploi des armes ne se justifie que dans un seul cas, un seul : la légitime
défense (de soi-même ou d’autrui), il n’y en a pas d’autre ! Pour que cette cause de justification soit reconnue par la justice, elle doit réunir
un certain nombre de conditions que chaque policier devrait connaître à fond,
sachant que s’il en manque une seule, c’en est terminé de l’impunité. et que de toute
façon, seule la justice est compétente pour en décider, ce qui n’exonère jamais d’un
procès pénal. C’est un peu comme une voiture. Car, comme chacun sait, la voiture est
un tout composé de plusieurs éléments, disons, de pièces mécaniques assemblées.
sitôt qu’il en manque une, par exemple, la cinquième roue qui ne sert qu’en cas decrevaison, on peut considérer que, le cas échéant, on n’a plus de voiture. Laissons donc de côté le cours de droit, mais retenons tout de même deux mots
: légitime, qui signifie : reconnu conforme à la loi. et défense, qui suppose une
attaque préalable contre laquelle il faudra se défendre. sans attaque qui aurait-on à
défendre ? Ce n’est même ni du droit, ni du français, c’est une lapalissade. Cela dit, remontons dans la voiturette de ronde de nuit du septième arrondissement. Après le contrôle de l’effectif de protection du Palais-Bourbon, nous remontons
la rue de Lille pour rejoindre le poste central rue de Grenelle. La radio d’etat-Major
émet un message en urgence signalant la poursuite de voleurs de voiture pourchassés
par un équipage d’un service central. Les malfaiteurs s’étaient engagés dans la
rue de Lille, à contre-sens de circulation. Au même instant, nous les voyons arriver
devant nous à toute allure. eux aussi, nous ayant aperçus, tournent à gauche dans la
rue du Bac. Ils avaient pris de l’avance sur leurs poursuivants obligés à contourner
les sens interdits. Nous étions, de ce fait, les plus près des fugitifs. Nous les chassons
dans la rue du Bac. ils tournent à droite et prennent le boulevard saint-Germain à
contre-sens s’engageant dans le couloir des autobus (aussi à contre-sens) libre à cette
heure nocturne. Au Palais-Bourbon, ils s’engagent à droite sur le quai Anatole-France, poursuivis par deux motards venus s’associer à la chasse à courre. Les
voleurs en tête, les motards, la voiture du 7e plus le car premier intervenu, tous en
enfilade sur le quai. C’est à ce moment que plusieurs coups de feu partent du car de fin de cortège. Je précise que même la nuit, dans ce quartier aux rues étroites et encombrées de
voitures au stationnement, la présence de piétons est encore importante en raison des
boîtes de nuit nombreuses sur le sixième arrondissement limitrophe de la rue des
saints-Pères. Conduits comme il se doit au central 7e, compétent territorialement, les
voleurs se retrouvent avec tous leurs poursuivants. C’est le moment de régler nos comptes. « Qui a tiré ? » A cette question, deux
hommes se lèvent fièrement, s’attendant manifestement à des félicitations, estomaqués
de se faire engueuler. Où était l’attaque ? Ces gens, délinquants, c’est sûr, fuyaient sans tirer. ils
n’étaient porteurs d’aucune arme. D’autre part, ils n’étaient que deux minables, nous
devions être une quinzaine, deux cars, une voiturette, deux motards. Pas d’attaque,
comment pourrait-on parler de défense, même illégitime, elle n’existait pas. La capture
ne pouvait se faire qu’en courant plus vite que les deux rigolos. J’explique tout ceci à mes cow-boys et en profite pour leur rappeler les conditions
légales d’utilisation des armes à feu et surtout, les risques en ville, même dans
un secteur dégagé comme le quai Anatole-France où la circulation est à double sens.On avait déjà vu un tir nocturne dans un endroit apparemment désert où une balle
perdue avait touché un vieillard insomniaque allant promener son chien au clair de
lune, et combien d’autres accidents du même genre. Je leur rappelle en détail, les conditions à réunir pour établir la légitime
défense, dont apparemment ils n’avaient jamais entendu parler. Je les voyais plus
importunés qu’intéressés et franchement déçus. Cette course poursuite relayée en direct par la radio avait attiré au central 7e les officiers des effectifs engagés. Je ne tardais pas à voir arriver dans mon bureau le chef des mitrailleurs venu me demander des comptes sur mon intervention auprès de ses hommes, ce en quoi il avait parfaitement raison. Mais je lui fis remarquer que pour une opération exécutée sur mon secteur, j’avais provisoirement la responsabilité de la totalité des effectifs engagés et que je n’avais fait que rappeler les dispositions légales. On ne s’est pas engueulé parce qu’on se connaissait sans toutefois avoir les
mêmes conceptions de travail. C’était un homme de terrain, toujours fonçant sans
perdre son temps à évaluer les risques possibles d’interventions dites “musclées”. Un
homme charmant, du reste, surnommé “la Vapeur”, c’est tout dire. J’ajouterai
d’ailleurs, pour conclure cet épisode, que la plupart des “bavures” retentissantes procèdent
de ce manque de formation des jeunes gardiens plus attentifs aux films policiers
où l’on voit des cow-boys-flics brandissant leurs armes pour un oui ou pour un
non, notamment contre des fuyards (parfois taxés de “délit de fuite”), qu’aux circulaires
de l’administration expliquant, avec parfois trop de détails, c’est vrai, l’art et la
manière de travailler. |
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